Écrit par :
Jonas
Publié le :
30/4/2026

Il y a des films qui se regardent, et d’autres qui se vivent.
Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan c'est comme une discussion de famille un peu trop honnête, un peu trop bruyante, mais terriblement sincère. À mi-chemin entre la comédie tendre et le portrait familial sans filtre, le film réussit quelque chose d’assez rare : faire rire tout en mettant le doigt là où ça pique.
Sans prétendre révolutionner le cinéma français, il propose une expérience différente.
Voici trois raisons qui expliquent pourquoi ce film sort du lot.
On a l’habitude au cinéma de voir des figures maternelles soit héroïques, soit complètement dépassées. Ici, la mère n'est pas idéalisée, elle est simplement humaine.
Elle parle fort, elle a des certitudes parfois absurdes, elle mélange foi, superstition et admiration pour Sylvie Vartan avec un aplomb désarmant. Résultat : on oscille constamment entre le rire et une forme de tendresse gênée.

Une anecdote qui illustre bien cet esprit : dans une scène, elle tente de résoudre un problème sérieux en invoquant à la fois Dieu… et une chanson de Sylvie Vartan. C’est absurde, mais étrangement cohérent dans sa logique à elle. Et c’est précisément ce mélange qui rend le personnage aussi mémorable.
Le film ne cherche jamais à la rendre parfaite, et c’est là sa force. On reconnaît tous, à un moment ou à un autre, au travers de ses réactions, un parent, une tante ou même un voisin. Peut-être est-ce parce que l'histoire est tirée d'une histoire vraie.
Contrairement à beaucoup de comédies françaises récentes qui misent sur des blagues écrites au millimètre, ici l’humour semble émerger naturellement des situations.
Ce n’est pas tant ce que les personnages disent qui fait rire, mais la manière dont ils le disent, ou le moment où ça arrive. Les silences, les regards, les petites maladresses prennent une place importante.
Par exemple, les scènes familiales — moments pourtant banals — deviennent un petit bijou comique simplement parce que tout le monde parle en même temps, sans s’écouter, avec une intensité disproportionnée par rapport au sujet. On a presque l’impression d’assister à de vrais dimanches en famille.

Et c’est justement ça qui fonctionne : on rit parce que c’est vrai.
Finalement, le sujet central de Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan c'est l’amour.
C’est un amour maladroit, parfois étouffant, souvent bruyant. Un amour qui passe par des reproches, des incompréhensions, et des tentatives un peu bancales de bien faire.
Le film évite soigneusement le piège du pathos. Même dans ses moments les plus touchants, il garde une certaine pudeur, souvent désamorcée par une touche d’humour. C’est un équilibre difficile, mais globalement réussi.
On peut d'ailleurs souligner la justesse des comédiens qui retranscrivent parfaitement cette sincérité. Citons évidemment Leïla Bekhti, parfaite dans ce rôle de mère et Jonathan Cohen excellent dans le personnage principal. L'enfant qui incarne Roland Perez jeune, Naïm Naji, apporte lui aussi une justesse qui fait mouche.

Roland Perez puisque ce film, rappelons-le, est adapté de l'autobiographie du français Roland Perez, né avec un pied bot et qui déjouera les pronostics médicaux pour vivre une vie fabuleuse comme sa mère le lui promettait.
Oui, clairement. Le rythme est parfois inégal, certaines scènes auraient mérité d’être un peu plus resserrées, et tout ne fonctionne pas toujours parfaitement.
Mais ce n’est pas vraiment le sujet.
Ce film marque surtout par son authenticité. Il ne cherche pas à être brillant à tout prix, ni à cocher toutes les cases du bon film. Il avance avec ses défauts, un peu comme ses personnages.
Et au final, c’est peut-être ça qui le rend attachant : il ne prétend pas être universel, mais il touche juste là où il faut.
Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan n’est pas un film spectaculaire. Ce n’est pas non plus une comédie qui enchaîne les éclats de rire.
Mais avec ce film, Ken Scott, son réalisateur, fait mieux que ça : c’est un film qui vous rappelle quelqu’un. Qui vous fait sourire en coin. Et qui, mine de rien, reste en tête plus longtemps que prévu.
Et si vous sortez de la séance avec l’envie d’appeler votre mère — ou au moins de repenser à ses petites manies — alors le film a déjà gagné.
